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L’intelligence artificielle dans le cockpit ?

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Re: L’intelligence artificielle dans le cockpit ?

Messagede Manu le Vendredi 4 Janvier 2019 09:38

Eternel débat...

Claude ROCHE
Ancien vice-président Grands systèmes de Matra Défense Espace, vice-président de l'AAE a écrit:
une commande automatique fait monter l’avion à une altitude de sécurité, en coupant la commande du pilote.

On y arrivera certainement, comme on est arrivé à coupler le PA au TCAS pour éviter que le pilote suivre les ordres du contrôle plutôt que ceux du TCAS.

Claude ROCHE
Ancien vice-président Grands systèmes de Matra Défense Espace, vice-président de l'AAE a écrit:
Au stade actuel de l’intelligence artificielle, elle aurait pu faire les mêmes erreurs, et de manière beaucoup plus probable que nos pilotes.

C'est le " au stade actuel " qui invalide le discours. Il n'a jamais été question de remplacer AUJOURD'HUI les pilotes par une IA.

Claude ROCHE
Ancien vice-président Grands systèmes de Matra Défense Espace, vice-président de l'AAE a écrit:
et ce pour encore de nombreuses décennies.

Vu la rapidité des progrès en la matière, je ne mettrais pas ma main à couper pour défendre ce " nombreuses "

Claude ROCHE
Ancien vice-président Grands systèmes de Matra Défense Espace, vice-président de l'AAE a écrit:
L’apprentissage dit « profond » ou « intuitif » actuel malgré ses qualités garderait dans ce cas-là un taux d’erreur bien supérieur à celui d’un humain.

Quelles données factuelles lui permettent d'affirmer ça ? Rien que le fait qu'un automatisme ne fasse pas d'erreur de calcul (dans les situations où l'équipage doit calculer un paramètre) le rend plus fiable d'un humain.

Claude ROCHE
Ancien vice-président Grands systèmes de Matra Défense Espace, vice-président de l'AAE a écrit:
L’estimation du risque de décrochage de même. La complexité de la situation ajoutée à l’insuffisance des informations reçues dépasse la capacité de l’apprentissage IA.

Affirmation bien péremptoire...

Dans le cas actuel, les pilotes avaient l'indication de vitesse foireuse. Si on donne la même situation à analyser à un ordinateur, il sera capable de traiter des milliers de fois plus de données des milliers de fois plus vite. On peut imaginer, même si ce ne sont que des suppositions, que la vitesse continue d'être calculée par les accéléromètres des centrales intertielles, que l'altitude continue d'être calculée par le GPS ou ces mêmes accéléromètres, que la trajectoire soit calculée d'après la position des gouvernes, ... , le tout voir ses capacités de réflexions et d'action fortement diminuées par le stress et la panique d'une situation incontrôlée.

Un ordinateur aurait aussi eu accès à l'information des sondes AOA, et il aurait été capable de piloter l'incidence au 10e de degré près, chose qu'un pilote est incapable de faire surtout en atmosphère turbulente.

On peut sans trop de risques de se tromper affirmer qu'une IA bien conçue aurait compris que l'avion volait toujours parfaitement droit, qu'il n'était ni en survitesse ni en décrochage, et qu'il n'y avait pas lieu de tirer sur le manche.

Claude ROCHE
Ancien vice-président Grands systèmes de Matra Défense Espace, vice-président de l'AAE a écrit:
Les deux se trompent, mais beaucoup plus l’IA actuelle qui n’apprend pas encore en construisant des schémas.

Encore ce " actuelle "....
Claude ROCHE
Ancien vice-président Grands systèmes de Matra Défense Espace, vice-président de l'AAE a écrit:
c’est-à-dire dans de nombreuses décennies.

Encore ce " nombreuses "

Claude ROCHE
Ancien vice-président Grands systèmes de Matra Défense Espace, vice-président de l'AAE a écrit:
il n’y a que les outils « d'intelligence artificielle » qui peuvent les résoudre, et encore avec des erreurs comparables aux erreurs humaines devant les mêmes problèmes quand on a eu de la chance ! [...]
Si cela marche bien, elle fera autant d’erreurs qu’un humain, et elle sera à gérer comme lui.

Ces deux phrases détruisent tout l'argumentaire développé plus haut et son le clou dans le cercueil des pilotes : si un ordinateur fait aussi bien (ou aussi mal selon le point de vue) qu'un pilote, il n'y a aucun intérêt à garder des pilotes. On supprime toutes les contraintes (et coûts associés) de la gestion de l'Humain : limitation du temps productif, formation, gestion des à côtés (hébergement / restauration en escale), aspect social (plus de grèves les jours de grand départ en vacances), ...

Gilles131 a écrit:Des pilotes bien formés et bien entrainés, on n'a pas encore trouvé mieux, et pour encore longtemps.

Chose qui se raréfie. Jan nous a raconté ici les déboires qu'il a eu avec certains de ses jeunes copis, j'ai régulièrement l'occasion de discuter avec des instructeurs qui m'en racontent des vertes et des pas mûres (du style un pilote vietnamien qui n'a toujours pas compris qu'il faut augmenter la puissance quand on met l'avion en montée alors qu'il en est au stade de la qualif de type, ou des ordres venus d'en haut qui imposent aux instructeurs de valider une qualif parce que la compagnie a acheté la qualif de ses pilotes et non pas leur formation, ...)

Et toujours ce " pour encore longtemps "...

Tout ce que ce texte démontre, c'est qu'aujourd'hui on n'a pas d'IA assez performante pour piloter un avion. Mais il suppose que c'est une situation intangible sur le long terme, ce qui est à mon avis la marque d'une profonde méconnaissance des technologies disponibles aujourd'hui, et en cours de développement pour le futur.

C'est aussi nier le fait que l'Etre Humain est par définition faillible, et que tout ce qui pourra remplacer son action par une action automatique ne pourra qu'améliorer la fiabilité en supprimant les erreurs de traitement de l'information et de compréhension des situations et les contraintes environnementales qui influent sur ses capacités (il faudrait que je la retrouve, mais j'avis lu une étude qui démontrait que sous l'effet du stress, les pilotes réagissaient dans près de la moitié des cas à l'inverse de ce qu'ils avaient appris ou des procédures établies).

A terme, et possiblement pas si éloigné que ça, les pilotes seront remplacées par la machine. La plus grande limitation ne sera pas technologique mais humaine. De la part des pilotes qui n'accepteront pas d'être évincés, et c'est bien compréhensible, et des passagers qui pourraient être réticents à monter dans un avion sans pilote humain. Mais là aussi les mentalités peuvent évoluer rapidement, il suffit de voir à quelle point la perception de cet aspect change pour ceux qui ont eu l'occasion de conduire des voitures quasi autonomes, alors que cette technologie n'en est qu'à ses débuts et encore très largement perfectible.

D'ailleurs, c'est par ce biais là qu'on aura un premier retour sur les performances de l'IA, le renouvellement du parc auto est bien plus rapide que celui du parc aéro, l'IA sur la route sera déployée plus tôt que l'IA en vol.

Mais on a déjà un premier aperçu : Tesla a enregistré 40 % d'accidents en moins quand ses voitures sont sous PA (en fait une simple aide à la conduite renforcée, on n'en est pas encore à un vrai PA). Et ce sont des données exhaustives, les Tesla sont connectées en permanence et le constructeur fait une analyse des données qu'elles transmettes (comme les compagnies aériennes font une analyse des paramètres de vol), et que n'importe quel accident est détecté, même s'il n'est pas déclaré.

Ca confirme que chaque fois qu'il est possible d'exclure l'Humain de la boucle, on augmente la fiabilité.

Mais ce n'est pas valable que pour les pilotes. J'avais envisagé de passer ma qualif de mécano. J'en ai parlé à ceux de mon boulot, tous me l'ont déconseillé, justement parce que le métier est en train de changer profondément et que l'arrivée des nouvelles technologies va en supprimer tous les aspects les plus techniques et intéressants. Le mécano va devenir un simple exécutant là où les robots ne pourront, temporairement, pas intervenir.

Les recherches de pannes seront de plus en plus automatisées, déjà qu'aujourd'hui dans 99 % des cas il y a juste à appliquer bêtement une procédure formelle (et ça n'importe quel automatisme sait déjà faire), on fait déjà des inspections de structure par drone en moins de 10 minutes, y compris l'analyse immédiate des défauts (avec à terme le traitement en des défauts et la définition d'une solution de réparation en temps réel) contre plusieurs heures pour un mécano plus ensuite le temps passé à l'analyse des défauts trouvés.

Faut pas rêver, on cherche à réduire les coûts d'exploitation. et la part de l'Humain dans ce domaine est prépondérante, que ce soit directe par les salaires, ou indirecte par les limitations qu'il impose. On a bien compris qu'il est nettement plus rentable de payer une fois des ingénieurs pour créer un outil et en assurer le suivi, une fois pour le fabriquer, et ensuite 0 ou presque pour qu'il bosse 24/24 7/7, plutôt que payer chaque homme une fois pour le former, régulièrement pour mettre à jour ses compétences et en permanence pour qu'il bosse moins d'1/3 du temps.

Et l'aéronautique est loin d'être le seul secteur concerné. Même l'assistance à la personne commence par se faire avec des robots au Japon (ils sont un peu perchés avec leurs robots, mais je n'ai aucun doute qu'à terme ça arrivera chez nous)
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Re: L’intelligence artificielle dans le cockpit ?

Messagede Luc Lion le Vendredi 4 Janvier 2019 11:34

Manu a écrit:On peut sans trop de risques de se tromper affirmer qu'une IA bien conçue aurait compris que l'avion volait toujours parfaitement droit, qu'il n'était ni en survitesse ni en décrochage, et qu'il n'y avait pas lieu de tirer sur le manche.

C'est un peu de la tétracapillotomie, mais un programme d'intelligence artificielle n'a pas la capacité de "comprendre".
Il ne fait que des inférences par analogie.
Dans ce cas précis, ce programme n'aurait rien "compris", mais déduit que la probabilité que la vitesse soit restée plus ou moins constante était de loin la situation la plus probable.

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Re: L’intelligence artificielle dans le cockpit ?

Messagede Philippe Warter le Vendredi 4 Janvier 2019 11:57

En fait ce genre de logiciel existe déjà.
Ce sont des logiciels "démocratiques". Au sens où ils "votent".
Dans cet exemple :
pas d'indication de vitesse air => 1 NON
Vitesse GPS inchangée => 1 OUI
Altitude GPS inchangée =>1 OUI
indication incidencemètre => inchangée (pas sûr qu'il y en avait un)
etc ...
Résultat du "vote" : situation inchangée.
Dernière édition par Philippe Warter le Vendredi 4 Janvier 2019 11:59, édité 1 fois.
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Re: L’intelligence artificielle dans le cockpit ?

Messagede Bee Gee le Vendredi 4 Janvier 2019 11:58

Les pilotes humains ont du soucis à se faire,. D'abord pour aller guerroyer, comme toujours on commence par là, et c'est déjà commencé, ensuite pour le transport de viande sur pied ou de fret. Petit à petit l'IA prend la place de l'humain dans tous les secteurs d'activité.

Mais pour ceux qui aiment vraiment voler, pas seulement revêtir un beau costume et toucher un bon salaire, il restera les sports aériens et l'aviation de loisir.


…. //mais un programme d'intelligence artificielle n'a pas la capacité de "comprendre"// …. Certes … pour le moment …

Le concept d'IA a seulement un peu plus d'un demi siècle et a démarré avec des gens comme Turing, le cerveau humain lui a quelques centaines de milliers d'année d'expérience.

Si dieu prête vie à l'humanité, nous ne sommes pas au bout de nos surprises.
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Re: L’intelligence artificielle dans le cockpit ?

Messagede Philippe Warter le Vendredi 4 Janvier 2019 12:04

C'est un peu réducteur. Turing aurait-il défini son test si Aristote n'avait pas existé?

Ne pas oublier que le média qu'il préconisait était un téléscripteur.
A quelques décennies d'avance, il n'avait pas du tout vu arriver la synthèse vocale.
On ne peut pas être précurseur en tout.

L'histoire de l'humanité est un long fleuve, pas si tranquille que ça.
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Re: L’intelligence artificielle dans le cockpit ?

Messagede Luciano le Vendredi 4 Janvier 2019 13:03

Claude ROCHE a écrit:En conclusion, pour l’équipement du cockpit, trouvons le maximum de processus qui soient représentés par des modèles rigoureux et dont le formalisme est exact, et qu’on peut programmer. Sinon attendre que l’intelligence artificielle forte existe avec alors aussi un apprentissage logique, c’est-à-dire dans de nombreuses décennies.
Si cela marche bien, elle fera autant d’erreurs qu’un humain, et elle sera à gérer comme lui.



Ne croyez vous pas, que toutes choses étant égales, la supériorité réelle d'un système basé sur l'IA par rapport à l'intelligence humaine, vient de l'absence d'émotion qui peut affecter la qualité de décision de cette dernière ?

Nous traduisons celà, dans notre jargon, par les termes "facteurs humains"


Bons vols,
Luciano



NB: édité pour formattage
Dernière édition par Luciano le Vendredi 4 Janvier 2019 13:24, édité 2 fois.
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Re: L’intelligence artificielle dans le cockpit ?

Messagede Bee Gee le Vendredi 4 Janvier 2019 13:06

Philippe Warter a écrit:C'est un peu réducteur. Turing aurait-il défini son test si Aristote n'avait pas existé?

Ne pas oublier que le média qu'il préconisait était un téléscripteur.
A quelques décennies d'avance, il n'avait pas du tout vu arriver la synthèse vocale.
On ne peut pas être précurseur en tout.

L'histoire de l'humanité est un long fleuve, pas si tranquille que ça.


   Et ce que tu lis vraiment  ce qu'on écrit ? je ne crois pas ...  je n'ai pas dit que Turing pouvait tout prévoir,  même si son génie dépassait plus que très largement les tout petit notre. Mais sans contestation possible il a été un des précurseurs de l'IA, qu'on le veuilles ou non, mais évidemment pas le seul.

Pour revenir au fond du sujet ce qui est surtout réducteur c'est de croire que l'IA ne va pas envahir nos vies, ça c'est déjà en route...  ni les cockpits,... c'est  en route aussi.

Lorsque les "robots" feront 100 fois mieux que les pilotes humains pour bien moins cher, ...  devines donc ce que va faire le business du transport aérien ?   Les O'Leary ne rêvent que de ça: virer ces emmerdeurs de pilotes.
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Re: L’intelligence artificielle dans le cockpit ?

Messagede EchoVictor le Vendredi 4 Janvier 2019 13:14

Andre Tissot a écrit:...
Sinon, dans l'exemple, j'aurais bien rajouté la perte des 2 moteurs au décollage de JFK.



La Guardia.

Eric
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Re: L’intelligence artificielle dans le cockpit ?

Messagede Luc Lion le Vendredi 4 Janvier 2019 13:23

Luciano a écrit:Ne croyez vous pas, que toutes choses étant égales, la supériorité réelle d'un système basé sur l'IA par rapport à l'intelligence humaine, vient de l'absence d'émotion qui peut affecter la qualité de décision de cette dernière ?

Non.
L'absence d'émotion n'est pas forcément une qualité. Un tribunal aidé par intelligence artificielle serait une catastrophe.

Pour moi, la supériorité de l'IA vient du volume des cas sur lesquels  les inférences sont basées, voume qui peut être très largement supérieur à la mémoire humaine.
Exemple: l'IA comme aide au diagnostic médical.
Autre supériorité : la constance dans la répétition. Un humain confronté à des décisions similaires et répétitives choisira bien 99 fois et se trompera la 100è fois.
Pas un automate.

L'IA s'imposera comme aide à la décision dans beaucoup de domaine, mais elle risque de toujours faire moins bien que l'humain dans un cas précis : les situations totalement nouvelles.
L'humain peut alors inventer un nouveau processus de décision (qui peut être bon ou désastreux), ce que l'IA est totalement incapable de faire.

Luc
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Re: L’intelligence artificielle dans le cockpit ?

Messagede Gilles131 le Vendredi 4 Janvier 2019 13:31

Manu a écrit:On y arrivera certainement, comme on est arrivé à coupler le PA au TCAS pour éviter que le pilote suivre les ordres du contrôle plutôt que ceux du TCAS.

Non. Airbus a fini par coupler le TCAS au PA en raison d'une ergonomie catastrophique conduisant à de nombreux cas de réactions du pilote dans le mauvais sens.
La visualisation de l'ordre TCAS se fait sur le vario, qui n'est pas un instrument de pilotage primaire. Boeing, lui, l'a tout de suite affiché sur le PFD, et n'a jamais noté aucun cas de mauvaise interprétation.
Quand, après 30 ans dans l'erreur (et les fautifs à la retraite) Airbus a enfin décidé d'afficher lui aussi sur le PFD, on s'est aperçu que Boeing, se frottant les mains, s'était empressé de le breveter, coupant l'herbe sous le pied de son concurrent.
Trop tard! Il ne restait plus qu'une solution: coupler au PA. (Source: Claude Lelaie, qui comme Claude Roche, sait un peu de quoi il parle)

C'est typique de la fuite en avant dogmatique à laquelle nous assistons: des automatismes de plus en plus complexes et touffus car on veut leur faire tout faire et qui, quand ils reçoivent des information douteuses ou contradictoires, font n'importe quoi et affichent n'importe quoi, plus une information et une formation des pilotes défaillantes (si la sécurité n'a, dit-on, pas de prix, elle a un coût), une ergonomie catastrophique...
L'automatisme ne sachant plus faire rend son tablier après avoir mis l'avion dans une situation qui le jette hors du domaine de vol en disant l'inverse, la situation devient incompréhensible et c'est l'accident. Comme les pilotes n'ont pas pu éviter la catastrophe, elle leur est attribuée et il faut donc évidemment les sortir de la boucle. CQFD

Il aurait pourtant suffi de conserver des automatismes simples et une ergonomie correcte et non pas piégeante. Boeing n'est pas en reste comme le montre le récent accident de LionAir.

Manu a écrit:
Claude ROCHE
Ancien vice-président Grands systèmes de Matra Défense Espace, vice-président de l'AAE a écrit:
L’apprentissage dit « profond » ou « intuitif » actuel malgré ses qualités garderait dans ce cas-là un taux d’erreur bien supérieur à celui d’un humain.

Quelles données factuelles lui permettent d'affirmer ça ? Rien que le fait qu'un automatisme ne fasse pas d'erreur de calcul (dans les situations où l'équipage doit calculer un paramètre) le rend plus fiable d'un humain.

J'ai la faiblesse de penser que Claude ROCHE sait de quoi il parle.
Pour les erreurs de calcul, la bonne solution existe depuis très longtemps: ce sont les calculateurs qui calculent, et les pilotes qui décident et qui agissent. C'est ce qui a fait progresser de façon si spectaculaire l'aviation depuis une trentaine d'années. Ce qui plombe les statistiques d'accident de nos jours, c'est justement les automatismes auxquels on veut faire tout faire avec une interface homme-machine mal conçue.

Manu a écrit:
Claude ROCHE
Ancien vice-président Grands systèmes de Matra Défense Espace, vice-président de l'AAE a écrit:
L’estimation du risque de décrochage de même. La complexité de la situation ajoutée à l’insuffisance des informations reçues dépasse la capacité de l’apprentissage IA.

Affirmation bien péremptoire...

J'ai la faiblesse de penser que Claude ROCHE sait de quoi il parle.

Manu a écrit:Un ordinateur aurait aussi eu accès à l'information des sondes AOA, et il aurait été capable de piloter l'incidence au 10e de degré près, chose qu'un pilote est incapable de faire surtout en atmosphère turbulente.

Affirmation bien péremptoire. Les ingénieurs d'Airbus ayant longuement et sérieusement travaillé sur le sujet ont conclu à l'impossibilité du pilotage en incidence à haute altitude et haut Mach.

Manu a écrit:On peut sans trop de risques de se tromper affirmer qu'une IA bien conçue aurait compris que l'avion volait toujours parfaitement droit, qu'il n'était ni en survitesse ni en décrochage, et qu'il n'y avait pas lieu de tirer sur le manche.

Affirmation bien péremptoire. J'ai la faiblesse de penser que Claude ROCHE sait de quoi il parle quand il dit exactement le contraire.

Manu a écrit:
Claude ROCHE
Ancien vice-président Grands systèmes de Matra Défense Espace, vice-président de l'AAE a écrit:
il n’y a que les outils « d'intelligence artificielle » qui peuvent les résoudre, et encore avec des erreurs comparables aux erreurs humaines devant les mêmes problèmes quand on a eu de la chance ! [...]
Si cela marche bien, elle fera autant d’erreurs qu’un humain, et elle sera à gérer comme lui.

Ces deux phrases détruisent tout l'argumentaire développé plus haut et son le clou dans le cercueil des pilotes : si un ordinateur fait aussi bien (ou aussi mal selon le point de vue) qu'un pilote, il n'y a aucun intérêt à garder des pilotes. On supprime toutes les contraintes (et coûts associés) de la gestion de l'Humain : limitation du temps productif, formation, gestion des à côtés (hébergement / restauration en escale), aspect social (plus de grèves les jours de grand départ en vacances), ...

Tu oublies que chaque jour des milliers de pilotes évitent l'accident en reprenant la main sur les automatismes, sans que personne n'en soit jamais au courant: c'est normal, c'est leur métier, c'est tout.
Mais quand un équipage dans l'erreur ou planté par un automatisme qui lui rend une situation totalement incompréhensible et ingérable ne sait ou ne peut éviter l'accident, ça fait des centaines de morts et les titres de journaux pendant pas mal de temps.

Manu a écrit:Mais on a déjà un premier aperçu : Tesla a enregistré 40 % d'accidents en moins quand ses voitures sont sous PA (en fait une simple aide à la conduite renforcée, on n'en est pas encore à un vrai PA).
Ca confirme que chaque fois qu'il est possible d'exclure l'Humain de la boucle, on augmente la fiabilité.

C'est exactement le contraire: un PA ne remplace aucunement le pilote ou le conducteur, mais l'assiste, au prix d'une formation et d'un apprentissage de plus en plus complexes.
C'est ce que font tous les systèmes qui ont amélioré de façon spectaculaire la sécurité depuis une génération (alarmes centralisées, interfaces des systèmes simplifiées, ND, FADEC, FMS, AP, ATHR, GPS, GPWS, PWS, EGPWS, TCAS, ACARS, CPDLC, CRM, antiskid, autobrake, ROPS, BUSS, HUD, etc, etc, etc…)

C'est précisément quand on sort l'humain de la boucle par défaut de formation ou d'information que les systèmes automatisés conduisent à des catastrophes. Ils sont conçus par des humains et donc faillibles comme leurs concepteurs, et le seront toujours, IA ou pas. Il est fondamental que les pilotes humains puissent reprendre la main et la plupart du temps ils le peuvent encore. Le conducteur assoupi, en pleine vitesse à quelques centimètres des platanes ou du ravin, lui, je ne veux même pas y penser.
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Re: L’intelligence artificielle dans le cockpit ?

Messagede Luciano le Vendredi 4 Janvier 2019 13:36

Luc Lion a écrit:L'absence d'émotion n'est pas forcément une qualité. Un tribunal aidé par intelligence artificielle serait une catastrophe.


Pas certain que nous mettions la même interprétation dans le terme "émotion"; je parle ici des stress, de croyance, de peur, ... etc... qui affectent notre comportement.

Dans le cas des tribunaux, le système expert aurait été éduqué dans le sens voulu afin de faire intervenir l'aspect émotion qui sied.
De plus, celà permettrait sans aucun doute de réduire la longueur des procédures, de rendre plus rapidement une justice de qualité, et par conséquence de traiter les nombreuses affaires dans lesquelles les justiciables se voyent aujourd'hui délaissés faute de temps à y consacrer de la part des magistrats.

Mais nous voici bien loin de l'aviation ... Image


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Re: L’intelligence artificielle dans le cockpit ?

Messagede Jacques HM Cohen le Vendredi 4 Janvier 2019 13:52

Luc,
Hélas, c'est en route sous le nom de justice prédictive, avec la perspective de virer les juges pour des algorithmes de peine ou indemnisations automatiques, statistiques et non individualisés comme ses cons de Juges s'acharnent à le faire en examinant les torts et les possibilités matérielles et professionnelles de chacune des parties, dans les histoires de divorce et garde d'enfants par exemple.....

En médecine, la chasse aux oiseaux rares façon Dr House est contre productive ( j'admets qu'il ne fait pas que cela. Mais le réalisateur en redemande et bride les démos de raisonnement médical suggérées par leur conseiller l'ex redac chef adjoint du NEJM qui sont moins spectaculaires ). La possibilité d'envisager plus de choses ne sert à rien comme au jeu d'échec, où les programme dits de force brute ne gagnent pas . ( ce sont ceux qui utilisent des bibliothèques de parties qui gagnent... ). La première chose en médecine, c'est la saisie de données et leur validation. Un mal de tête, cela va de l'avc à la contrariété.... un mal de ventre de l'occlusion aigüe à.. se regarder le nombril, etc... Ensuite il y a les symptômes induits par des questions directives, ou loupés parce que la question n'était pas au contraire assez précise. Ou parce que le patient ne veut pas en parler. La machine ne saura pas percevoir la réticence et exclura tout ce qui est lié à cette réponse négative... Nous travaillons en ensembles flous avec des pivots. Et souvent on ne finit pas par un seul diagnostic mais différentes possibilités. Qu'on peut pondérer, mais qui vont surtout être prises en compte selon leur risque de gravité. Et bien souvent le malade guérit sans qu'on soit trop sûr de ce qui lui est arrivé. Mais on ne va pas le découper en rondelle pour le plaisir de la connaissance. Enfin, de plus en plus souvent avec l'âge, les patients ont différentes pathologies associées, dont les traitements ont des impératifs contradictoires, par exemple une insuffisance cardiaque qui demande de dessécher le patient et une insuffisance rénale que la déshydratation aggrave. Ce qui oblige à naviguer vers la moins mauvaise solution parce qu'il n'y en a pas de bonnes. De savoir s'arrêter est aussi très difficile et cas par cas. L'IA va coter la volonté de vivre ou le ras le bol sur une échelle de 10 ? ou les parlotes de consensus concertations etc vont faire voter tout le personnel, et malheur à celui qui salit ses draps ou sonne trop souvent...
J.
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Re: L’intelligence artificielle dans le cockpit ?

Messagede Luc Lion le Vendredi 4 Janvier 2019 14:09

Jacques, je parlais d'"aide" au diagnostic, pas d'un diagnostic automatisé.
Donc, c'est le médecin qui fait l'anamnèse.
L'avantage de l'IA, c'est de suggérer des pathologies peu fréquentes et dont les symptômes peuvent être confondus avec ceux de pathologies courantes.
Ou encore de tenir compte d'interaction de pathologies auxquelles le médecin pourrait ne pas songer.
Et au final, en cas de doutes, de suggérer l'examen complémentaire dont les résultats seront discriminants.
Bref, une encyclopédie médicale interactive.

Luc
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Re: L’intelligence artificielle dans le cockpit ?

Messagede Luciano le Vendredi 4 Janvier 2019 14:21

Jacques HM Cohen a écrit:Hélas, c'est en route sous le nom de justice prédictive, avec la perspective de virer les juges pour des algorithmes de peine ou indemnisations automatiques, statistiques et non individualisés comme ses cons de Juges s'acharnent à le faire en examinant les torts et les possibilités matérielles et professionnelles de chacune des parties, dans les histoires de divorce et garde d'enfants par exemple.....


Mais pourquoi diable faut-il partir de l'à-priori que ces de systèmes experts ne pourraient-ils pas être capable, tout comme "ces cons de Juges", de tenir compte de tous ces éléments, dès lors qu'ils aient été programmés dans ce sens ?

Bons vols,
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Re: L’intelligence artificielle dans le cockpit ?

Messagede Luc Lion le Vendredi 4 Janvier 2019 14:24

Parce que la prise de décision d'un système expert est basé sur des mesures "objectives".

Luc
Ne confondez pas "dirigeant" et "dirigeable". Le dirigeant, c'est le plus gonflé !
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